Dynamique des populations

7.  LES VARIATIONS D'EFFECTIFS

Les populations d'acridiens sont sujettes à des variations importantes d'effectifs. La natalité est un élément de renouvellement, la mortalité un élément de disparition et la dispersion tantôt l'un, tantôt l'autre.

Les variations d'effectifs sont observées en fonction de l'espace (variations spatiales) ou du temps (variations temporelles). Sur l'ensemble de l'aire de distribution d'une espèce, elles dépendent des situations locales ou des déplacements du centre de gravité des populations imaginales migrantes. Il arrive aussi que la totalité du cycle biologique exige l'exploitation successive d'aires écologiquement complémentaires. Dans ce cas, on observe des vagues d'augmentation densitaire selon un flux dirigé par exemple, au Sahel, du Sud vers le Nord en début de saison des pluies puis en sens inverse en début de saison sèche.

Les variations d'abondance en fonction du temps sont classées en oscillations ou en fluctuations. Les oscillations sont des variations cycliques (ou intra-cycliques) de densité de génération en génération. On assiste, par exemple, à une réduction progressive des effectifs de l'état embryonnaire à l'état imaginal et ceci d'une génération à la suivante.

Variations mensuelles de l'abondance des imagos du Criquet migrateur Locusta migratoria capito, de 1965 à 1972 dans 4 stations du Sud-Ouest de Madagascar (d'après M. LAUNOIS, 1974e).

En abscisse, l'abondance en nombre d'imagos au 100 pas. En ordonnée, le temps rnesuré en mois et en années.

Les trois aires (aire de multiplication initiale, aire transitoire de multiplication et aire de densation) correspondent aux trois aires saisonnières de reproduction du Criquet migrateur à Madagascar.

Aux oscillations, on oppose les fluctuations (variations apériodiques) qui sont irrégulières, non répétitives. Les niveaux des populations du Criquet migrateur malgache suivies pendant huit ans montrent des différences très importantes selon les générations et les années. Le fait général se résume à une progression des effectifs en saison chaude et humide puis à une régression brutale en saison fraîche et sèche, puis chaude et sèche. On assiste à de fortes irrégularités inter-annuelles (progression de 1 à 100).

Il n'est pas rare de noter une mortalité globale de 95 à 99 % entre les œufs et les adultes. Ces pertes sont compensées généralement par un grand pouvoir de reproduction. Lorsque les générations filles ont plus de représentants que la génération parentale, on parle de progression. Dans le cas inverse, il s'agit d'une régression des effectifs.

Les causes des variations d'abondance tiennent parfois aux caractéristiques de l'évolution cyclique des acridiens, plus souvent aux conditions de leur environnement. Les facteurs climatiques ont un rôle prépondérant. Lorsqu'un seul facteur comme la pluviosité paraît à lui seul fournir une explication suffisante aux changements d'effectifs, il est qualifié de facteur discriminant. Cette simplification est utile pour la compréhension de la dynamique des populations et l'établissement des systèmes de prévision des modifications d'effectifs, dans la mesure où l'on constate un certain retard entre l'apparition des facteurs-clés et leurs effets.

Comparaison de l'évolution des densités du Criquet migrateur malgache Locusta migratoria capito en saison des pluies, entre deux années successives (1971-1972 et 1972-1973), sur une station de l'aire de densation dans le Sud-Ouest de la Grande Ile (Tranombaza, Clairières du plateau Mahafaly) (d'après M. LAUNOIS, non publié).

On note les très grandes différences annuelles existant dans l'évolution quantitative des densités d'aldultes et celles de larves. Elles sont dues aux particularités de chacune des saisons des pluies considérées.

 
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