Écologie

8.  L'ACTION DU SOL

Le sol, en tant que facteur édaphique, est un élément permanent de l'environnement de l'acridien. Il est caractérisé par sa texture (granulométrie) et par sa structure (agencement déterminant la compacité). Certaines de ses propriétés sont constantes tout au long de l'année : présence de sable ou de rochers, plages argileuses ; d'autres sont soumises à des variations saisonnières, en particulier celles qui sont liées à la dynamique du facteur hydrique : hygrotrophie instantanée, taille des fentes sur sols argileux.

Le sol constitue le milieu ambiant de développement des œufs de la plupart des acridiens en zone tropicale sèche ; il est le support normal des plantes dont les larves et les ailés se nourrissent. En première approximation, il a donc une influence directe sur la vie des criquets au niveau des œufs, indirecte au niveau des larves et des ailés.

Chaque espèce a ses propres critères d'appréciation de la qualité des sols, en rapport avec ses exigences et ses tolérances écologiques. L'effet attractif peut être lié à la couleur, la dureté, la granulométrie, l'alternance d'ombre et de soleil sur les sols accidentés, l'hétérogénéité de surface, la disponibilité en eau, la teneur en sels, en calcaire, les plantes qui y poussent, la réverbération, la température de surface.

Distribution comparée des larves de deux espèces d'Oedaleus : O. senegalensis et O. johnstoni dans la zone centrale du Niger (septembre 1976).

Oedaleus senegalensis est commun dans tout le Sahel, spécialement sur sols sableux, et dans les vallées du Massif de l'Aïr.

Au contraire, Oedaleus johnstoni est localisé dans les plaines d'épandage des oueds sur sols argileux souvent indurés.

La localisation des larves traduit l'emplacement des sites de pontes préférés de chaque espèce, car leur dispersion est très faible en comparaison avec celle des ailés.

Dans les mêmes conditions, un sol peut être attractif pour un acridien, indifférent pour un second, inadéquat pour un troisième. Un substrat également fréquenté par des espèces différentes peut l'être aussi pour des raisons diverses d'ordre chimique ou physique.

Le sol agit aussi par l'eau et l'air qu'il contient car les œufs doivent respirer et s'hydrater pour commencer leur développement. L'eau provient de l'environnement édaphique immédiat et serait concentrée grâce aux effets hygroscopiques de la matière spumeuse entourant ou surmontant les pontes. Si l'humidité est trop faible ou trop forte, les œufs ralentissent ou suspendent leur développement. Les œufs ont également besoin d'air pour respirer. En cas de submersion, la mort des embryons est plus souvent due à l'asphyxie qu'au pourrissement.

L'action indirecte du sol sur les acridiens se fait par le tapis végétal qui y est implanté et les effets locaux sur la circulation de l'air à basse altitude. Il influe aussi sur la composition floristique du tapis végétal dont les acridiens se nourrissent. Il est donc important de considérer le sol parmi les facteurs écologiques discriminants pour décrire de façon simplifiée l'environnement de la plupart des espèces d'acridiens. Par ailleurs, les propriétés de restitution thermique et hydrique du sol peuvent aussi agir sur la genèse et l'entretien des courants aériens ascendants ou descendants, et donc avoir des effets sur ies acridiens en vol en leur offrant des facilités de décollage, de sustentation ou d'atterrissage.

Le sol joue un rôle sur l'ensemble des états biologiques, comme site de ponte, comme site d'éclosion et comme site de dispersion.

Certains acridiens géophiles montrent une usure tégumentaire régulière surtout au niveau de la pilosité thoracique ventrale. La vitesse d'abrasion dépend de l'activité de l'acridien (atterrissage, reptation, ponte, ensevelissement mais aussi des caractéristiques de la pellicule superficielle du sol. De ce point de vue, la qualité du sol influe donc sur l'intégrité physique des larves et des ailés.

Vue dorsale de l'extrémité abdominale d'une femelle jeune (A) et de celle d'une femelle âgée (B) du Criquet migrateur Locusta migratoria.

On constate des différences importantes d'usure des bords des valves génitales ainsi que des dépôts de matière spumeuse sur les valves génitales supérieures et des soies latérales. Cette usure est due aux forages du sol précédant la ponte. Elle est plus ou moins marquée selon la dureté du substrat et le nombre de forages effectués par la femelle.

m : matière spumeuse, b : bord emoussé des valves génitales.

La nature du sol aurait une importance prépondérante pour certains acridiens. La forme des valves génitales des femelles paraît être adaptée à la qualité des sols qu'elles utilisent comme sites de ponte.

 
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