L'importance économique du fléau acridien

Environ 20 % des espèces acridiennes sont considérées comme nuisibles aux cultures ou susceptibles de le devenir.

Le qualificatif "dangereux" est appliqué aux espèces susceptibles de faire des dégâts sur les cultures vivrières ou industrielles. L'ingestion par les criquets de pesticides ou de végétaux toxiques peut provoquer des empoisonnements chez l'homme lorsque ce dernier en consomme. Mais aucune maladie ne paraît devoir être transmise aux hommes et aux plantes par les criquets, encore que quelques coincidences aient été notées entre des arrivées massives de criquets et des maladies respiratoires chez l'homme. Des cas d'allergie ont été relevés.

Certains acridiens se nourrissent de plantes cultivées par l'homme ; ils privent ces derniers d'une partie des récoltes escomptées. À ce titre, ils sont considérés comme ravageurs car ils ont une importance économique mesurable.

1.  LES DÉGÂTS INFLIGÉS PAR LES ACRIDIENS

Les dégâts infligés par les acridiens aux cultures et aux pâturages sont de diverses natures :
  – prélèvement alimentaire sur les feuilles, les fleurs, les fruits, les semences, les jeunes écorces, les repousses, les plantules,
  – blessures des plantes consécutives aux morsures. Elles ont deux conséquences :
    • ouvrir une voie d'infection aux parasites et aux maladies végétales,
    • créer une lésion (section des vaisseaux appauvrissant la plante en sève) entraînant une destruction des tissus 5 à 10 fois plus importante que la prise de nourriture elle-même.   – rupture des branches sous le poids des ailés posés en grand nombre,
  – souillure des surfaces foliaires par les déjections déposées. La photosynthèse en est perturbée.

Les dégâts réels sont difficiles à quantifier ; ils dépendent aussi du pouvoir de récupération de l'espèce végétale. Ce dernier est en relation avec l'état physiologique et phénologique de la plante au moment de l'attaque.

Des dégâts sont connus depuis la plus haute antiquité dans toute la zone tropicale sèche. La disparition de tout ou partie des récoltes escomptées a des conséquences dramatiques pour les populations humaines :
  – en 125 avant J.C., 800 000 personnes sont mortes de famine en Cyrénaïque et en Numidie (actuels côte lybienne et nord du Soudan) à la suite d'une invasion cataclysmique de criquets ;
  – en Inde, en Chine, des dégâts considérables ont été relevés dans le passé. Il est difficile d'évaluer les pertes réelles en produits vivriers, en potentiel de travail ou en vies humaines.
  – les pertes sont estimées au niveau mondial à 15 millions de livres sterling en 1935, 30 millions en 1950, 45 millions en 1980, malgré les opérations de lutte ;
  – en 1974, 368 000 tonnes de céréales ont été perdues du fait des sauteriaux au Sahel.

Quelques chiffres montrent l'ampleur des prélèvements alimentaires :   – chaque acridien consomme de 30 à 70 % de son poids d'aliments frais chaque jour. En phase grégaire, cette proportion peut atteindre 100 %.
  – un kilomètre carré d'essaim dense renferme plus de 50 millions d'individus.
  – chaque ailé pèse 2 grammes en moyenne. Une telle population consomme 100 tonnes de matière végétale fraîche par jour.

En période de rémission acridienne, les dégâts sur les cultures ne sont jamais nuls mais ils sont très difficiles à évaluer car diffus, d'importances inégales et souvent discrêts. Le prélèvement alimentaire moyen serait de 1 à 2 % des récoltes. Les pertes augmentent à mesure que l'agriculture se développe. Les dégâts supportés par les cultures traditionnelles, acceptés comme un fait inévitable dans le passé, sont maintenant mal tolérés à cause des besoins accrus de ces populations, de la généralisation de la notion de moindre risque et des possibilités de lutte dont les cultivateurs ont entendu parlé.

De très nombreuses plantes, ligneuses ou herbacées, sont susceptibles d'être attaquées. Les céréales occupent cependant la première place : le mil, le maïs, le sorgho, le riz, sont particulièrement vulnérables. Le coton et l'arachide sont peu endommagés mais des exceptions existent lorsque les acridiens sont affamés ou pour quelques espèces à très large spectre alimentaire (Zonocerus, Pyrgomorpha...). On a même vu Schistocerca gregaria consommer la laine sur le dos des moutons et Oedaleus senegalensis ingérer du plastique que l'on utilise comme grillage moustiquaire aux fenêtres pour se protéger des mouches et des moustiques en zone tropicale.

Les dégâts sur les pâturages sont moins spectaculaires mais suffisants pour déclencher une compétition alimentaire entre les acridiens et le bétail. Lorsque l'équilibre écologique est précaire, les prélèvements effectués par les troupeaux trop nombreux sont à peine compensés par le renouvellement spontané de la strate herbacée. La moindre charge supplémentaire peut alors révéler un surpâturage latent et conduire à la dégradation de la végétation et des sols.

Tous les acridiens ne sont pas nuisibles. Certains d'entre eux sont même considérés comme utiles pour deux raisons :
  – les hommes en consomment volontiers ;
  – certains acridiens ont une action positive sur le milieu. En Afrique du sud, à l'est de la province du Cap, des pâturages à moutons sont spontanément occupés par Elytropappus rhinoceratis, l'arbre à cire. Cette plante nocive pour le bétail tend à supplanter les autres espèces végétales mieux appétées. Un acridien, Lentula obtusitrons, la consomme exclusivement et en limite ainsi l'extension. À ce prix, l'élevage de moutons peut être maintenu. Ce criquet est ici un auxiliaire utile à l'économie pastorale humaine.

Les dégâts infligés sur la végétation spontanée ou domestique sont très variables selon les années, les milieux. L'homme considère de moins en moins les fléaux acridiens comme des calamités naturelles qu'il faut subir. Il a la volonté de plus en plus affirmée de protéger ses récoltes, ses pâturages, ses plantations, pour les mettre à l'abri des prélèvements trop importants de ces ravageurs intermittents. Encore faut-il opérer avec prudence car les acridiens entrent dans des chaînes alimentaires complexes que l'on peut perturber profondément.

Importance relative des biomasses des divers groupes d'arthropodes dans une savane non brûlée depuis plus d'un an (trame horizontale) et dans une savane brûlée depuis moins d'un an (trame verticale) (modifié d'après Y. et D. GILLON, 1967).

1 : Arachnides, 2 : Myriapodes, 3 : Chenilles, 4 : Blattes, 5 : Mantes, 6 : Acridiens, 7 : Tetrigidae, 8 : Grillons, 9 : Sauterelles, 10 : Pentatomides, 11 : Coréides, 12 : Lygéides, 13 : Réduvides, 14 : Homoptères, 15 : Carabiques, 16 : autres Coléoptères.

Les Acridiens forment une part non négligeable de la biomasse. Ils constituent le premier groupe sur les brûlis récents et le second, après les Araignées, sur les brûlis plus anciens. Ce groupe se révèle ainsi assez sensible au temps écoulé depuis la mise à feu de la savane.

 
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