Le polymorphisme phasaire

10.  LES AVANTAGES DE LA GRÉGARIAPTITUDE POUR LES LOCUSTES

La possibilité, pour un acridien, de grégariser dans certaines conditions, en changeant de forme, de comportement, de mode de vie, principalement en fonction du groupement, n'est pas commune à tous les acridiens. On peut donc s'interroger sur les avantages qu'en tirent les espèces qui en bénéficient.

Plusieurs hypothèses ont été avancées :
  – la grégarisation ne serait qu'une manifestation secondaire provoquée par l'augmentation de la densité et n'aurait pas de fonction particulière ;
  – la principale conséquence de la grégarisation serait de réduire l'importance numérique des populations en expansion, notamment par émigration ;
  – la grégarisation permettrait la création de formes de dispersion plus efficaces pour coloniser de nouvelles stations propices à la vie des locustes solitaires ;
  – la forme grégaire correspondrait à un épanouissement de l'espèce dans des conditions écologiques différentes de celles des solitaires car les deux phases seraient fonctionnellement complémentaires.

Il est difficile de donner une réponse générale à ces suppositions car on a pu remarquer que l'intensité de la grégariaptitude diffère selon les espèces et le sexe. Les réponses concernant la taille par exemple peuvent être contraires, les seuils densitaires critiques sont bien distincts, la stabilité de la phase grégaire est vartable.

Il est donc peu probable que toutes les espèces en tirent les mêmes avantages. Par ailleurs, cette aptitude à la grégarisation n'est développée que chez un petit nombre d'acridiens.

En ce qui concerne Locusta migratoria capito à Madagascar, la phase grégaire se distingue de la phase solitaire par une plus grande résistance aux conditions fraîches et sèches. L'espèce paraît tirer deux avantages de la transformation phasaire :
  – réduction des pertes d'effectifs entre deux saisons consécutives et, par suite acquisition d'une plus grande facilité de reconduction du bénéfice d'accroissement numérique d'une année à la suivante ;
  – amélioration des chances de rencontrer sur une région de l'aire d'habitat, soit des conditions favorables à la multiplication, soit des stations acridiennes jusqu'alors non colonisées ou non différenciées.

Ainsi, la pérennité de l'espèce serait mieux assurée par l'apparition de la phase grégaire en l'absence de possibilité de diapause embryonnaire et imaginale.

Si la grégarisation est donc bien la conséquence particulière d'une densation, elle a aussi une signification adaptative particulière conciliant les trois hypothèses de réduction des effectifs dans les zones de pullulations, de dispersion élargie augmentant les chances d'occuper de nouveaux territoires et de survie dans des conditions écologiques impropres au maintien des solitaires.

 
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