Le polymorphisme phasaire

4.  LE REGROUPEMENT DES PARENTS ET LA FORMATION DES BANDES LARVAIRES

Comme les individus solitaires des locustes n'ont pas tendance à rechercher la compagnie de leur congénères hormis lors de la reproduction, les premiers stades de la transformation phasaire résultent souvent de certaines conditions de l'environnement, qui provoquent un premier rassemblement. La grégarisation ne se développe qu'ensuite.

Le premier regroupement est appelé concentration ou densation. Il est différent du processus d'agrégation qui n'apparaît que chez les transiens congregans et les grégaires. La concentration se fait au niveau des larves ou à celui des ailés. Tout facteur agissant soit sur les effectifs soit sur les surfaces occupées, influe sur la densité.

Le premier phénomène de concentration est généralement observé chez les parents ailés, rassemblés en grand nombre sur des surfaces restreintes par des vents convergents. Cette situation est courante en période cyclonique. Les champs de vents à basse et moyenne altitude convergent vers les zones à basse pression, génératrices de pluies. La densité des parents peut alors être multipliée par 1000 en une nuit. Le rassemblement brutal d'ailés solitaires, non accoutumés à la présence de congénères a deux séries de conséquences :
  – les unes sont immédiates : choc psycho-physiologique, avec adaptation plus ou moins rapide sous les effets conjugués ou non de la vue, de l'odorat (phéromones), du goût, du toucher, de l'audition ;
  – les autres sont transmises : préadaptation de la descendance à vivre en foule.

D'autres conditions favorisent le maintien d'une densité larvaire suffisante et déclenchent la grégarisation :
  – concentration des pontes,
  – bonne réussite des développements embryonnaire et larvaire,
  – simultanéité des éclosions et synchronisation du développement larvaire,
  – effet attractif d'un abri, d'une plante, d'un sol,
  – tendance des larves à suivre les mouvements de pente et à se rassembler dans les vallées ou les lits d'oueds,
  – réduction progressive des surfaces colonisables (dessèchement),
  – limitation de la dispersion par un obstacle naturel,
  – déplacement vers les hauteurs pour fuir un incendie ou une inondation.

Lorsque la cohésion des individus est maintenue, il se forme des rassemblements larvaires durables d'abord en formations non organisées ou taches larvaires, puis en bandes à partir du moment où un sens de progression par la marche apparaît. Au bout d'un certain temps, ces formations peuvent maintenir leur cohésion, sans subir l'effet dispersif des paysages ouverts.

Forme de bande larvaire en déplacement : larves de 3e et 4e stades de Nomadacris septemfaciata (d'après G.J.W. DEAN, 1967).

La densité des larves par pied carré (environ 0,1 m2) est indiquée ; la flèche montre la direction du déplacement de la bande larvaire.

 
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